Une personne barbue et pertinente m’a confié récemment noter avec régularité, dans un cahier, 3 petits bonheurs qui ont marqué sa journée. Un réflexe sain, le regard bienveillant sur une vie qui malgré soubresauts, fatigue et frustrations reste exaltante, étonnante, fascinante.

Je sors tout juste de l’exposition The Happy Show proposée par le graphiste autrichien Stefan Sagmeister à la Gaîté Lyrique. Une exposition qui interroge notre rapport au bonheur, notre capacité à aimer la vie, dans sa globalité complexe. Une exposition comme une mise en scène psychanalytique. Une exposition dont je suis sortie un peu sonnée car elle m’a rappelée comme parfois j’ai tendance à me noyer dans les détails qui assombrissent mon quotidien.

Alors, sans rentrer dans un inventaire à la Delerm (il faut le talent de Delerm pour cela), j’avais envie de fixer dans la mémoire des Internets les petits bonheurs en vrac qui ont émaillé ces jours passés (d’autant que d’après une étude mise en scène par Sagmeister, “tenir un journal contribue au développement personnel”).

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J’ai passé la semaine à échanger et partager, en ligne, avec des personnes de qualité. Ces discussions qui, parfois, m’ont tenue éveillée plus tard qu’il ne le fallait, qui m’ont laissée le cerveau froissé quand le réveil a sonné, ces discussions m’ont nourrie, m’ont enrichie. Ces discussions virtuelles n’en sont pas. Les liens créés sur Internet sont de vrais liens. Et les rencontres qui s’en suivent sont de belles rencontres. Les amis dingos de politique du Club Bourbon, les copains fous de la #teamsoif, les blondes en Ritalie, le bélier troll de Grenoble, la passionaria des pandas, la marchande de couleurs tellement positive et toi, le barbu pertinent… et puis toi, toi et toi que je n’ai pas encore rencontré mais dont l’attention, les mots, le regard sur la vie me nourrissent au quotidien. C’est un bonheur que d’échanger avec vous.

J’ai mangé de la burrata. Avec des tomates cerises. Et une huile d’olive fruitée. Sur une foccacia délicieuse. Avec un vin rond et charnu. En bonne compagnie. Existe-t-il sur terre plus délicieux moment de convivialité ? J’ai fermé les yeux quelques secondes pour savourer en pleine conscience cette explosion de saveurs et de bien-être.

J’ai fait une bataille de chatouilles avec mon fils sur fond de Rage Against The Machine. A fond. La vie.

J’ai trouvé une rose, par terre, sur le chemin du métro. Rose, charnue, douce et fragile. Elle reposait au sol, bientôt piétinée par les passants. Je l’ai ramassée, emportée. Elle m’a accompagnée toute la journée. Je l’ai posée sur un banc dans un square, reprise. Elle m’a suivie jusqu’à chez moi et finit sa vie dans un verre Duralex et quelques centilitres d’eau. Elle est rose et jolie, petit cadeau de la vie.

Dans le métro, mes enfants se sont fait des câlins, au lieu de se chamailler. L’un, puis l’autre, ils se sont enlacés, ont posé leur tête sur l’épaule de ce double agaçant, épuisant, mais dont ils ne peuvent pas vraiment se passer. J’ai aimé passionnément cette vision, moi qui ne connais pas (vraiment) la fratrie.

Ces petits bonheurs, on a l’habitude de les qualifier d’anodins. C’est vrai. Il faudrait être de la descendance de Monsieur de La Palice pour vouloir, comme ça, rappeler au monde que le sel de l’existence y tient tout entier. Mais Stefan Sagmeister n’est pas La Palice et avec son exposition il nous rappelle que le bonheur ne tient que dans ces instants, ces micro-instants. Et qu’il faut savoir les goûter, les reconnaître et les voir s’éloigner.

Comme cette passion qui a tout emporté avant de partir, comme ces bras bienveillants qui t’enlacent au moment de dormir, comme cette marque, sur ton épaule, qui te rappelle ce moment fugace où le plaisir t’a happé(e), comme ce petit morceau de burrata dans le frigo, témoignage sous cellophane de sourires et de complicité, comme cet enfant qui vient te serrer fort dans ses bras pour te hurler dix minutes plus tard que tu es “la pire des mamans”.

Il a raison Sagmeister, il a raison Delerm. A se focaliser sur ces micro-instants, à ne pas pleurer de les laisser partir, on saute d’un bonheur à l’autre et la vie est plus belle. Beaucoup plus belle.

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PS : “les jolies choses” en titre. Comme un Despentes. Parce que la vie, ce n’est pas que de la guimauve non plus. Faut pas déconner.

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