Honnêtement, je suis une buse en matière de mode. Je n’y connais rien, je n’y comprends rien et souvent l’aspect artistique de ces bouts de tissus luxueux me laisse de marbre.
Alors quand mon amie Véronique m’a proposé de la rejoindre pour visiter l’exposition Dries Van Noten, aux Arts Décoratifs, ce matin, j’avais surtout en tête le plaisir de la voir, elle.
Mais contre toute attente, cette exposition m’a passionnée. Et nourrie.

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Car c’est une exposition exemplaire, passionnante, inédite dans son approche muséographique que nous donnent à voir Dries Van Noten et les Arts Décoratifs. Un travail d’exception du commissariat et une découverte comme on aimerait en savourer plus souvent.

Cette exposition m’a nourrie car au lieu de se focaliser sur le travail du couturier belge, elle nous entraîne plutôt au coeur de ses sources d’inspiration. Et c’est par l’amour de toutes ces oeuvres entremêlées que l’on entre sans même vraiment s’en apercevoir au coeur du processus créatif de Dries Van Noten.

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Dès l’entrée, une pièce noire où sol, murs et plafond sont entièrement recouverts des mots chers au créateur. Noms d’artistes, pop stars, disques, courants culturels, événements… tous ces symboles qui d’emblée nous immergent dans les fantômes et émerveillements qui peuplent le crâne fourmillant de l’artiste anversois.

Mais c’est dès la salle d’après que l’on plonge réellement au coeur du coeur de Dries Van Noten.
Partout oeuvres classiques, pièces d’autres créateurs, art contemporain, vidéo et peintures discutent avec les vêtements du Belge. Les chocs visuels sont nombreux et pourtant chacune de ces oeuvres mises en perspective par le couturier entraînent naturellement vers une compréhension intime de sa mode.

C’est esthétiquement percutant mais surtout, c’est étrangement particulièrement fort émotionnellement. D’ailleurs, cette approche muséographique immersive, permettant le dialogue entre différents media, a eu un effet jubilatoire sur moi.

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Je me suis demandé pourquoi et puis je me suis souvenue.
Tout au long de ma vie de journaliste, j’ai eu la chance d’interroger de nombreux créateurs – des photographes, des graphistes, des peintres, des vidéastes, des designers… Et à chaque fois, dans ces rencontres, une obsession, une émotion :comprendre ce qui les nourrit, s’attacher à ce qui les façonne, ce qui les transporte pour comprendre plus intimement le sens de leur oeuvre.

Car pénétrer au coeur du processus de création, comprendre les sources d’inspiration pour décrypter l’oeuvre sans avoir à la décrire, c’est un peu comme entrer dans la psyché d’un artiste.
C’est surtout ressentir une vraie émotion et comprendre qu’en fait, créer, c’est avant tout aimer.

J’ai adoré naturellement cette exposition, elle m’a nourrie, elle m’a élevée et je ne saurai trop vous conseiller d’y aller à votre tour. Surtout si vous n’êtes pas férus de mode.

« Inspirations », exposition Dries Van Noten, jusqu’au 31 août 2014 aux Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, Paris 1er.
Par ailleurs, Dries Van Noten a publié une vidéo dans laquelle il raconte la genèse et le propos de son exposition.

Quant au morceau des Girls in Hawaii partagé plus haut, comme d’habitude aucun rapport… sauf qu’ils sont Belges comme Dries Van Noten, et que cet album Everest, celui de l’après tragédie, est un bijou de délicatesse et de douleur contenue, de maturité et de dignité… et c’est avec ce “Wars” en boucle que j’ai écrit ce billet.

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