Peut-on écrire sur le bonheur ? Doit-on écrire sur le bonheur ? Est-ce intéressant, est-ce concernant, impliquant ? Suscite-t-on empathie et même sympathie quand on expose ainsi ses joies simples ? Car c’est bien connu, le bonheur c’est chiant. Surtout quand c’est le bonheur d’autrui.

Et pourtant j’ai envie d’écrire sur le bonheur. Ces heures magiques en suspension qui donnent tout leur sens aux dures décisions et aux temps acides qui les suivent souvent.

Je suis partie 4 jours à Milan et j’y ai été heureuse. Très simplement et très totalement heureuse. Parfaitement bien, sereine, joyeuse. Pour une fois pas d’arrière-fond amer, pas de doutes, pas d’inquiétude, pas de craintes, pas de demi-teinte. Pendant ces quatre jours, j’ai été pleinement heureuse.

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De retour de ces quatre petits jours d’éden, nostalgique mais finalement pas tant que ça, je me sens toujours habitée par ce bien-être complet et très simple que j’ai éprouvé à Milan. Pas “rechargée”, pas “ragaillardie”, je me sens juste plus riche de ce long weekend de bien. Une “cure de bien”, comme dirait l’autre.

Etrangement, ma voracité, mon impatience légendaire ne se sont pas mises en branle quand les roues de mon avion quittaient le tarmac de Malpensa, alors que je m’y préparais. Non. Cette fois-ci, je ne réagis pas avec les excès qui me caractérisent. C’était bien, c’était parfait, c’est fini, je ne suis pas triste. Ça ne me ressemble pas et c’est une très bonne chose.

Mais surtout, une étrange affirmation m’a traversé l’esprit, aujourd’hui… étrange, cruelle, impavide quelque part… “J’ai fait tout ça pour ça”. Tout ça… briser mon cocon familial, m’extirper brutalement d’une vie que j’avais passionnément construite et qui m’étouffait sans doute, brisé des coeurs qui me sont chers… tout ça, ces heures de détresse, ces heures où fumer des cigarettes était mon seul plaisir – ce n’est pas une figure de style, tristesse immense du souvenir de ces semaines sombres de novembre et décembre durant lesquelles mes seules minutes de plaisir se consumaient dans les mégots de mes cigarettes.

J’ai fait tout ça pour ça. Vivre ça. Retrouver de l’ampleur, de l’amplitude, me déployer, m’autoriser tout, oser essayer, oser faire confiance, oser l’aventure, oser me définir autrement, oser renverser les schémas de pensée qui m’avaient structurée, ces tuteurs devenus barrières.

Alors si pour moi le bonheur a ressemblé à quatre jours à Milan, à une ville qui défile sous les roues d’un scooter, à un naviglio battu par la pluie, à de la Kriek belge sur un balcon poussiéreux, au lac de Côme frappé par l’orage, à deux heures de discussion philosophique à l’horizontal sur le toit caniculaire du Duomo, à une pizza dévorée dans l’herbe face à l’Arco della Pace… ce n’est pas tant ce qui compte. Je crois que si j’ai été si heureuse pendant ces quatre jours c’est que j’ai décidé de l’être. Et de ne plus jamais rater une occasion de l’être, pleinement. J’ai décidé pour une fois de ne rien attendre de plus que ce qui m’était offert, là, tout de suite.

Alors oui, je crois bien que j’ai fait tout ça pour ça… ces moments de bonheur fugaces. On fait tous ça pour ça, non ?

PS : J’ai choisi le morceau de bravoure musicale des années 90 juste au-dessus en écho à un éclat de rire sur des marches de Bellaggio, ravissante petite ville posée au bord du lac de Côme… “What is love?” ai-je demandé au coeur d’une grande discussion très sérieuse… Et puis les not-so-glorious nineties m’ont rattrapée ;) #sorryforthat (il fallait que j’exorcise, autant le faire en public)

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