C’est donc ça, « avoir des casseroles ». Il y a des mots comme ça, des expressions, que l’on croise tout au long de sa vie mais qui nécessitent quelques épreuves, quelques passages obligés pour vraiment s’incarner. Voilà : je trimballe désormais des casseroles. Mais est-ce un drame ?

Je n’ai pas écrit sur ma vie d’après la séparation depuis un long moment. Sans doute moins de douleur, donc moins d’urgence. Mais surtout parce que je vis quelque chose. Quelque chose de fragile, de très joli, d’informel, quelque chose qui croît un peu malgré moi. Quelque chose que je veux protéger, que j’essaie de toutes mes forces de ne pas intellectualiser.

© Léonor de Bailliencourt

A rebours de ces longs mois de violence émotionnelle, quand justement intellectualiser permettait la mise à distance de la douleur, donnait du sens à cette nouvelle vie chamboulée de bas en haut, regarder ce que je vis aujourd’hui, analyser les fondations de ce fragile édifice en construction, ça m’effraie.

Mais en fait, tout m’effraie. J’ai peur.

Peur que ça s’arrête. Ou en tout cas que cela s’arrête trop vite, trop tôt. Peur d’être envahie par des/mes sentiments, peur de perdre ma liberté. J’ai surtout peur du moment où, à nouveau, nécessairement, cela va faire mal. Et ça, c’est inédit, avant je ne me protégeais pas d’un danger inexistant. Voici donc venir les fameuses casseroles.

« Savoure ! », « Mais enfin, profite, ne te pose pas tant de questions. » Ils ont raison, tous ces gens. Je vis quelque chose d’inattendu, de très joli, d’étonnamment harmonieux, je partage des moments qui m’élèvent, m’enrichissent. C’est une relation qui me nourrit, me permet d’évoluer, de me découvrir et surtout de grandir. Donc je savoure, vraiment je savoure, je profite, je ne projette surtout pas et surtout je refoule les questions de la chieuse blonde en moi.

Mais j’ai peur. Je ne lui dis pas, mais je vous le dis, à vous (12 % de chance qu’il lise ce blog, il n’est pas Français, et quand bien même ce serait l’occasion d’en discuter… on parlait beaucoup de nos relations passées, des relations en général, dans les premiers temps… et puis c’est devenu un sujet tabou :P ). Je vous le dis parce que je me demande si ça sera toujours comme ça ma vie, maintenant : la peur d’avoir mal à nouveau, la conscience aiguë que tout cela finit toujours mal, tôt ou tard. La perte de l’innocence, on dit, c’est ça ? C’est convenu, mais c’est comme les casseroles, sacré gros écho en moi, ces temps-ci.

J’ai peur que d’en parler, le mirage ne s’évanouisse. J’ai peur de nommer, comme une peur de grande superstitieuse.

Comme un enfant qui, se cachant les yeux pense être caché de la vue de tous. Ne pas nommer, diminuer, dire « mon pote » et jamais « mon mec » – de toute façon, ce n’est pas « mon mec », c’est mon pote :) et surtout vivre ça comme si aucun lendemain n’était planifié.

Mais pourtant j’en parle ici… parce que ce constat naïf, cette transformation intérieure ne me semblent pas anodins et tout autant dignes de l’auto-analyse honnête et sans filtre à laquelle je me livre sur ce blog depuis 9 mois.

Je trimballe désormais mes casseroles avec moi

Elles m’encombrent, je m’y empêtre parfois bien sûr, mais je suis riche de ce qu’elles ont contenu, de ce que je garde en moi pour toujours, de ce que j’offre à ceux qui croisent désormais mon chemin, ces casseroles et ces restes patinés de bouts de vécu (pas « moisis », ces restes, non non : patinés), récipients qui ne demandent qu’à recueillir d’autres morceaux de vie.

Moins enthousiaste, moins sereine, bien sûr, mais prête à explorer d’autres densités de relations humaines. Grandir, on dit, je crois. C’est ça, en fait, les casseroles : la dot que nous laisse la vie.
(le premier qui compare ma plume blonde à celle de Valérie Trierweiler, coup de casserole dans la figure) (et des bisous)

PS : « Irony » nous crient les Belges de Dan San – morceau que je découvre aujourd’hui, exhumé d’un EP datant de 2010. Je les aime décidément ces Liégeois là !

One Comment

  1. La peur n’évite pas le danger –just get over with it. Arrête de te regarder dans le mirror.
    Love not for what you’ll lose, but for what you’ll gain.
    Aimer implique forcément le courage d’accepter de perdre –se perdre, perdre l’autre. Perdre, par contre, est toujours une formidable opportunité de se retrouver!

    (PS. Le Hara-kiri est le summum du nombrilisme)

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