Je n’ai pas vu Tenerife. Enfin… je n’ai pas vu le Tenerife auquel tu penses. J’y ai fêté l’arrivée de 2015 et j’y ai vécu une expérience hors du temps, quasi hors du monde. Alors si tu penses que Tenerife, ça peut être autre chose que des hordes de touristes en sandales entassés dans des barres d’immeubles sans charme, viens avec moi !

Teide, matin, midi et soir

Je vais te la faire courte : j’ai passé ces 5 jours à crapahuter aux alentours du Teide, le volcan immense qui domine Tenerife. Un monstre endormi mais pas éteint, visible en tous points de l’île.
J’ai passé 5 jours sans maquillage, sans réfléchir à la tenue que j’allais porter (t-shirt technique + polaire + polaire + chaussettes de ski + chaussures de randonnée), j’ai passé 5 jours à redécouvrir le silence. Le silence. Total. Absolu. Le silence comme un reboot de l’âme et du corps.
A 2000 mètres d’altitude sur un volcan, pas d’animaux, pas d’oiseaux, pas d’insectes. Rien. L’absolue minéralité. Les paysages te coupent le souffle. Te redonnent le sens des proportions, des priorités.

 

Tenerife - Teide © Leonor de Bailliencourt   Tenerife - Teide 02 © Leonor de Bailliencourt

La Orotova

La plupart des gens qui vont à Tenerife se dirigent vers le sud de l’île. Un sud très et trop mal construit, chaud et sec, plein de cactus , de plages, de surfeurs, de touristes en shorts et de plantations de bananes.
Mais nous, c’était le Teide qui nous intéressait, alors c’est au nord-ouest que nous nous sommes posés, à La Orotava.
Dans le nord ouest de l’île, qui n’est pourtant pas bien grande, le climat est tout autre : plus frais, plus humide. Et le touriste se fait bien plus rare. La barre d’immeubles apocalyptique aussi.
La Orotava, c’est juste un joli bourg avec un centre historique adorable et préservé. Et tout au dessus, la silhouette écrasante du Teide.

Mais sinon, que faire à Tenerife ?

1. Pleurer au lever de soleil

La caldeira est immense (l’une des plus grandes du monde, il me semble), vestige du giga volcan qui régnait sur l’île avant. Il y a des milliards de trucs magnifiques à voir/faire dans le parc national du Teide. Tu peux par exemple te lever très très très tôt et aller admirer le lever du soleil sur l’île de Gran Canaria, au large. Pour cela, tu vas à l’Observatoire, tu te gares et tu attends. Et tu pleures tellement c’est beau. Et tu en profites pour tourner la tête et découvrir que dans la lumière du soleil levant, le Teide déchire tout (voir la photo au sommet de ce billet).

 

Tenerife - Lever de soleil sur l'île de La Palma © Leonor de Bailliencourt

Tenerife - Observatoire du Teide © Leonor de Bailliencourt

 

2. Grimper au sommet du Teide

Il y a un téléphérique qui monte au (quasi) sommet du Teide. Je pense que la vue est sublime et l’ascension fantastique (et chère). Je ne l’ai pas fait. Le seul jour où nous avons trouvé le temps d’y aller, le dernier téléphérique de la journée est parti devant nous et le lendemain je quittais l’île.

Tenerife - Téléphérique du Teide © Leonor de Bailliencourt

3. Randonner, randonner, randonner

Tu prends tes chaussures Décath’, tes polaires, ton sandwich, tes fruits secs, ta bouteille d’eau, tes lunettes de soleil et tu pars hardiment à l’ascension du Teide ou de l’un de ses volcans frères, tout autour. Tout est très bien balisé, il y a des petits chemins partout et franchement gambader dans la lave, c’est dingo (et ça coupe aussi, quand on se casse la figure, 1 mois après j’ai toujours les cicatrices de ma chute du premier jour).

Tenerife - Parc national du Teide © Leonor de Bailliencourt

4. Expérimenter les joies du choc thermique

En bas, 20 degrés. En haut… 2 degrés (voire -4 les mauvais jours). En bas, le printemps toute l’année, en haut la neige. Au nord, le frais, au sud les vacanciers en short. Un jour, je me souviens, nous avons décidé d’aller voir Los Gigantes, les falaises bien nommées, au sud de l’île. On a débarqué avec nos polaires, nos gants, nos chaussures de rando dans un monde dominé par les sandales, les maillots de bain, les glaces en terrasse et les gens rentrant de leur journée passée sur une plage de sable noir. Choc. Comme une impression d’être deux Hibernatus tout juste décongelés.

Tenerife - Los Gigantes © Leonor de Bailliencourt

5. Vivre dans une Wohngemeinschaft

Tu penses avoir réservé une auberge de jeunesse de routards, tu te retrouves dans une Wohngemeinschaft et c’est fantastique. La Wohngemeinschaft, c’est donc un concept allemand de maison partagée, ambiance communauté baba cool. Ulli, notre hôtesse, est Allemande, a parcouru le monde sac au dos avant de se poser à Tenerife et d’ouvrir sa maison aux visiteurs du monde entier. Elle a le sens de l’accueil mais pas trop celui de la propreté et elle reçoit les voyageurs dans sa belle maison bordélique du centre historique de La Orotava.
Il y fait froid, il y a des chats, une cuisine extérieure pour fabriquer ta popote et la garantie d’un petit-déj avec vue sur la mer. Et puis surtout, il y a les guests. Quand j’y étais : un couple d’Allemandes, un Anglais dont la seule activité est désormais de voyager, une Russe, un couple d’Espagnoles, un Italien – bon celui-là, je le connaissais bien ;) et un Suisse allemand (l’amoureux d’Ulli, on a présumé). A table, les conversations oscillaient entre anglais, allemand et espagnol, c’était bien, c’était bordélique. Si tu voyages avec un petit budget, si tu peux survivre à une maison douteuse niveau propreté, si tu aimes dîner dehors même fin décembre avec un chat sur tes genoux, si tu aimes les vieilles maisons froides mais pleines de charme, si tu aimes rencontrer des gens du monde entier et entretenir des conversations plurilingues sans queue ni tête… alors va chez Ulli, à La Orotava.
LeonWG, Calle Leon 34, La Orotava, Tenerife

Tenerife, La Orotava - Petit déjeuner avec vue - WG Leon

6. Vérifier si tu es malade en voiture

De notre Wohngemeinschaft de La Orotava au point de départ de nos randonnées dans la caldeira : 36 km de lacets. 36 KILOMETRES DE LACETS. Et un Italien qui se fait plaisir au volant. J’ai jamais vomi. J’ai même beaucoup ri. Surtout quand il décidait de prendre les raccourcis, ces routes empruntées par les locaux qui, au lieu de descendre en longues boucles… prennent tout droit. Genre, ta voiture est à la verticale ou presque. Fou rire nerveux la première fois.

Tenerife en voiture © Leonor de Bailliencourt

7. Tester les pan con tomate de La Orotava

On avait un fantasme : déguster un pan con tomate avec un bon café sur une place ombragée et typique. On a échoué. On a eu le bon café, on a eu les places ombragées et typiques… et on a testé toutes sortes de pan con tomate plus inutiles les uns que les autres. Mais c’était chouette. De ces temps hors du temps que tu prends à ne rien faire, à discuter à peine, à juste savourer le soleil, les gens qui passent et s’interpellent, à te rappeler qu’au lieu d’être en t-shirt à La Orotava, tu pourrais greloter en doudoune à Paris ou Milan. Alors tu savoures ton pan con tomate inutile.

Tenerife - La Orotava © Leonor de Bailliencourt

 

Voilà. Je n’ai rien vu de Tenerife ou presque. Et pourtant j’en ai parcouru des kilomètres de lacets.

J’en ai vu des concrétions et autres variétés minérales. J’en ai pris des cafés avec vue et visité des mini supermarchés accrochés aux cimes de villages de montagne.
J’ai rêvé devant des mers de nuages, pleuré devant un lever de soleil, me suis prosternée face à la majesté d’un volcan omniprésent et gravi de hautes collines meubles, volcaniques et gravillonneuses.
Je me suis cassé la figure sur de la lave tranchante, me suis ouvert un doigt en frôlant à peine une plante (ce sont des dures à cuire, les plantes qui poussent dans le paysage agressif d’un volcan), fantasmé une maison en bois dans ces bois-là, mis mes pieds dans une mer chaude et maudi l’oubli à Paris de mon maillot de bain.
Je n’ai rien vu de Tenerife mais dans cette expérience hors du temps j’ai mangé des sandwiches à la dinde les fesses posées en équilibre sur des rochers, sur des promontoires suspendus en plein ciel. J’ai fait la sieste en plein soleil à plus de 2000 mètres d’altitude, allongée sur le sable noir d’une lave qui a sans doute été pulvérisée…

Et surtout, j’ai remis mes compteurs intérieurs à 0. Et je ne peux te souhaiter que cela. Essaye.