Fin juillet, à peine arrivée dans un Milan caniculaire, j’ai fui quelques jours dans la Valtellina, à deux heures de la capitale économique italienne. Deux heures pour dépasser le lac de Côme, les Préalpes et atteindre enfin les Alpes, les vraies. Les hautes, les majestueuses Alpes. Tout au fond de la Valtellina (c’est une vallée), j’ai dormi près d’un torrent (et caillé comme jamais) et passé quelques jours à Caspoggio, station de ski qui n’a plus de pistes de ski. Au programme : de la randonnée, du ping pong, des pizze et des pizzoccheri. Viens, on part jouer à Heidi en Italie !

Valmalenco © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle

Si jamais tu ne veux pas tout lire, je te résume :

  1. La Valtellina, c’est une méga vallée
  2. La Valsassina, notre rendez-vous manqué
  3. Campo, le village à flanc de montagne de la Val Tartano
  4. Dormir au bord d’un torrent, c’est froid mais c’est romantique (ou l’inverse)
  5. Caspoggio, la petite station de ski qui n’avait plus de skieurs
  6. La randonnée de rêve ou Heidi en Italie
  7. Les pizzoccheri, le plat robuste qui t’obsède
  8. Les pizze, c’est toujours mieux en Italie (avec une bonne adresse inside)
  9. Le bar roots et rock de Santa Elisabetta
  10. Le ping pong en pleine nature c’est chouette (avec des pizzoccheri, comme ça tu pourras goûter en vrai)

1. La Valtellina, une méga vallée !

La Valtellina est une vallée qui démarre sur les rives du lac de Côme et se termine en Suisse… C’est la montagne naturelle des Milanais. Mais plus qu’une simple vallée, la Valtellina est en fait un complexe de nombreuses petites (ou moins petites) vallées. Val Tartano, Valsassina, Valmalenco : toutes ces vallées appartiennent à la Valtellina. Autant d’occasions d’exploration en quête de petites merveilles de nature alpine.

2. Valsassina : le rendez-vous manqué

Notre idée initiale en quittant Milan et sa touffeur, c’était de camper dans la Valsassina. Un joli spot identifié à Cortenova, dans l’app Park4Nights (tous mes outils de voyage bien pratiques sont compilés dans cet article, si tu as besoin). Arrivés sur place, vrai désenchantement : la Valsassina que nous avons vue est encore très industrielle et pas vraiment charmante. Il faudra revenir, nous sommes sans doute passés à côté.

3 et 4. Val Tartano : un torrent, des champs de fleurs et le rien absolu

Après cet échec, nous avons décidé d’aller passer la nuit en camping sauvage (on dort dans la voiture, qui est équipée pour ça) dans la Val Tartano. Encaissée, sauvage, rugueuse, la Val Tartano est un bijou pour qui souhaite s’échapper hors du temps. Pas de réseau téléphonique, pas de web sur nos téléphones.

Sur la route, nous faisons un stop à la micro épicerie du village de Campo. Littéralement accroché à la montagne, il offre une vue époustouflante sur le lac de Côme. Ici tout semble figé dans un autre temps, un autre rythme. La montagne nous gagne.

Campo, Italie © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle

Après avoir roulé encore quelques lacets, passé la voiture en mode 4 roues motrices sur un petit chemin pierreux, nous posons nos sacs de couchage au bord d’un torrent, le bien nommé Tartano. C’est bucolique, c’est idyllique, c’est au milieu de nulle part et le paysage environnant est une vraie carte postale.

Val Tartano © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielleOn fait la sieste dans les fleurs, on cuisine sur des rochers, on fait une toilette de chat dans le torrent glacé, on croise des vieux du coin qui se marrent en découvrant notre installation… Tout est parfait et comme dans un téléfilm romantique. A un détail près : le froid.

Après une nuit courte et compliquée à cailler comme jamais et malgré un lever de soleil sublime sur les Alpes, nous optons pour le retour à un peu de confort moderne et prenons la route pour une nouvelle vallée, la Valmalenco. Direction : Caspoggio et l’appartement familial.

Lever de soleil Val Tartano © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle

5. Caspoggio : station de ski figée dans son passé

Jusqu’au début des années 2000, Caspoggio était une gentille petite station de ski familiale de la Valmalenco. Mais le climat étant ce qu’il est, la neige s’est faite rare, les canons à neige vraiment chers et Caspoggio a perdu ses skieurs.

Caspoggio  © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle

Le village tente désormais de se reconvertir dans la randonnée, à pied, en VTT, en raquettes et même à dos d’alpagas (imagine notre tête quand au détour d’un chemin on est tombé sur des alpagas !). Et randonner, c’est précisément ce que nous avons fait. Et ça vaut le coup.

6. La randonnée des merveilles

En une journée de marche, nous avons croisé seulement deux groupes de randonneurs, fait une orgie de fraises des bois et de framboises, partout autour de nous le long du chemin, déjeuné seuls au pied d’un ancien restaurant d’altitude, exploré une station de télésièges abandonnée.

Caspoggio télésiège © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle

Nous avons aussi trouvé le lieu le plus alpino-mignon-typique possible… et il s’appelle… Crap ! Crap, en anglais, ça veut dire qu’un truc est de la merde. Ça nous a fait rire, on est bon public à 1850 mètres d’altitude après une journée de rando. Sur notre chemin, on a aussi découvert un hameau de 3/4 chalets regroupés autour d’un étang et d’un barbecue commun, le long d’une ancienne piste de ski. Et on aurait voulu rester là pour toujours.

Crap, Caspoggio © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle
Cet endroit s’appelle Crap. Et contrairement à ce que son nom évoque, c’est un bijou de perfection alpine…

7 et 8. Pizzoccheri, bresaola et les pizze comme elles devraient toujours être

J’avais UNE obsession en allant dans la Valtellina : remanger des pizzoccheri. J’avais goûté ce plat de pâtes au sarrasin, roborratif et typiquement montagnard en novembre dernier, après une randonnée dans les Préalpes au-dessus du lac de Côme. Depuis ce plat délicieux (mais pas subtil) m’obsédait. J’ai obtenu gain de cause (pas vraiment un plat d’été, j’avoue) et je repense déjà à la prochaine fois !

Pizzoccheri © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle

Les pizzoccheri, ce sont donc des pâtes faites avec du sarrasin, cuisinées avec de la sauge, du beurre, des pommes de terre, du choux ou des blettes et du boooon fromage de la région, le Bitto. Les pizzoccheri m’obsèdent parce qu’il est très difficile d’en trouver hors des montagnes lombardes. Si tu as l’occasion d’y goûter, fais-moi confiance et fonce. Ce n’est pas beau, ce n’est pas subtil mais c’est le genre de plat qui te reste en tête et ne te quitte plus !

Mais la Valtellina, c’est aussi la région d’origine de la bresaola. Ces fines tranches de viande de bœuf séchée sont bien connues chez nous, mais pizze © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielleévidemment les déguster sur place, goûteuses et subtiles dans ton sandwich ou ta pizza, c’est vraiment autre chose !

Et puis nous avons aussi mangé des pizzas (des « pizze » au pluriel, en vrai, hein, leçon d’italien #2). Et comme à chaque fois que je suis en Italie, ce dîner a nourri une révolte sourde contre les pizzas hors de prix et minuscules qu’on nous vend à Paris. A Caspoggio, la pizza coûtait 6 €, elle était garnie de bons produits, elle était immense, fine et craquante et, et et… et la photo est juste là… Ton avis ?

Si jamais tu passes par Caspoggio, arrête-toi donc à la Vecchia Osteria pour goûter ces pizzas. Le lieu a été récemment repris par un Milanais qui a tout quitté pour s’installer dans les Alpes. Il est hyper sympa, son resto ne paye pas de mine mais ses trois petites tables en terrasse, dans une jolie ruelle piétonne du vieux Caspoggio, sont un appel à la douceur de vivre. De plus, la Vecchia Osteria c’est une institution locale qui ne désemplit pas.

9. Le bar de Santa Elisabetta

Un peu plus haut que Caspoggio, le hameau de Santa Elisabetta (qui lui appartient) est un havre de paix et de douceur. Dans le passé, c’était le point de départ du téléski. Aujourd’hui, il reste une petite place adorable avec des gamins qui jouent au foot et des parents qui papotent, une chapelle mignonne et la vue sur la vallée. Et puis il y a un bar. Tout con, tout simple, qui ne paye pas de mine. Ce genre de resto un peu rugueux que tu trouves en montagne, avec les locaux à la peau burinée qui viennent se retrouver et fument clope sur clope en terrasse avec le patron. Un amoureux du rock, le patron, je n’y ai entendu que des classiques sévèrement burnés.

Caspoggio Prabello © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle
Ce n’est pas Santa Elisabetta mais le hameau de Prabello, juste au-dessus, une petite merveille hors du temps

J’ai cristallisé cet endroit, car c’est là que nous avons atterri après nos randonnées, à savourer une glace industrielle ou l’équivalent italien de l’Orangina, épuisés, en vrac, heureux de l’effort accompli, à se parler peu en lisant le journal du coin (on y a appris plein de choses, notamment sur l’avenir des remontées mécaniques de Caspoggio et sur un crâne qui a été retrouvé sur un glacier et qui appartiendrait à un explorateur disparu dans le coin il y a bien longtemps).

Si tu passes dans le coin, va à Santa Elisabetta et pose-toi en terrasse du restaurant Baita Al Doss, tu verras, ce sera bien (j’ai pas dit « bon », par contre, ma source ne recommande pas d’y manger).

10. Ping pong en pleine nature

Le dernier jour, avant de quitter la Valtellina pour rentrer à Milan et jouer au tennis (j’ai rejoué pour la première fois depuis 20 ans sous 35° à 20h > j’ai failli crever), nous sommes allés faire un ping pong et manger des pizzoccheri (oui, eux-mêmes), à Primolo. Primolo c’est un ravissant village qui fait face à Caspoggio, de l’autre côté de la vallée. Et eux, ils sont du bon côté, ils ont encore des skieurs l’hiver.

Primolo © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielle
Le centre de Primolo et vue de Primolo depuis Caspoggio

Et donc au bout d’un chemin à Primolo, dans la forêt de pins, il y a un petit chalet restaurant et des tables de ping pong. L’ensemble est roots, hyper simple, pas cher et l’ambiance super détendue. Il y a aussi des courts de tennis, mais les raquettes étaient à Milan. Là encore, une atmosphère un peu hors du temps, une partie de ping pong en mode nawak et au milieu des pins.

L’endroit s’appelle assez basiquement Lo Chalet di Primolo, il n’est accessible qu’à pied depuis le centre de Primolo et franchement ça vaut le coup (et les pizzoccheri étaient OK, pas les meilleurs du monde apparemment, mais pour moi c’était tout à fait bien).

Lo Chalet di Primolo © Leonor de Bailliencourt - Ma vie matérielleVoilà. C’étaient mes 3 jours à rejouer Heidi, mais en Italie. C’était bien et je te conseille de partir le nez au vent à la découverte des différentes vallées de la Valtellina. Ça te changera du lac de Côme et tu y découvriras une Italie loin de tous les clichés auquel tu es peut-être habitué/e.

(et si tu vas à Milan, jette un oeil à mon guide de weekend subjectif)

 

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