C’était l’automne qui revenait. C’était la fashion week qui s’installait à Paris et le blues post-rupture qui s’insinuait. J’avais envie de soleil, d’ailleurs, mais surtout de mer. Voire de mer encore baignable. Et puis besoin d’être seule dans un univers nouveau. J’ai consulté Skyscanner à la recherche du billet d’avion le moins cher vers une mer chaude. Valence a gagné. Valencia, hein, en Espagne, pas Valence dans la Drôme. Je ne connaissais rien de cette ville. J’y suis partie 4 jours toute seule et j’ai adoré. La dolce vita, on la trouve aussi en Espagne. Go !

Valence, c’est la 3e ville d’Espagne derrière Madrid et Barcelone. Mais en vrai, chez nous, on n’en entend pas souvent parler – à part peut-être si on aime la voile et l’America’s Cup. Ou la Formule 1. Peut-être les fans de foot aussi connaissent-ils Valence. Et les gourmands de paella. Moi, je n’en connaissais rien. Je savais juste que la mer y est chaude et encore baignable début octobre, et les billets d’avion pas (trop) chers.

Barcelone sans les touristes

« Valencia, c’est Barcelone sans les touristes… » C’est pas sympa de dire ça, c’est diminuer Valence qui exprime fortement sa propre identité… mais c’est quand même l’impression. Le centre historique de Valence, la « Ciutat Vella », est un bijou. Une merveille de petits immeubles en crêpe dentelle, d’églises gothiques, de places petites et grandes où lézarder des heures durant et de petites maisons colorées. Un peu comme le vieux centre de Barcelone, mais sans les hordes de touristes en sandales. Et puis des palmiers, partout des palmiers le long des rues, des places et des larges avenues. Et des orangers. Le riz et les orangers (et la paella, hein, mais c’est du riz), c’est un peu la signature de Valence.

Quatre jours à arpenter les rues de Valence, bouche bée devant tant de beauté, à shooter de l’Instagram plus vite que mon ombre.

La mer, la mer !

Si Valence évoque aussi Barcelone, c’est que la ville affiche des kilomètres d’une large plage de sable fin. Et comme Barcelone, honnêtement, la plage de la Malvarrosa n’envoie pas trop trop de rêve. C’est une plage urbaine. Mais c’est une plage qui EXISTE. Quel bonheur inouï de crapahuter toute la matinée d’un quartier à l’autre et d’aller se poser en terrasse d’un café au rez-de-chaussée d’une maison de pêcheur colorée pour déjeuner au bord de l’eau, avant d’y plonger. Oui oui, d’y plonger. Et d’y rester, à batifoler dans les vagues. En octobre. O C T O B R E. Oui. En même temps il faisait 27 degrés. Voire 30.

S’il n’y avait qu’un quartier : Ruzafa

Ruzafa (en Castillan) ou Russafa (en Valencien), c’est là que je dormais. C’est un ancien quartier multiculturel qui, comme partout dans le monde, a attiré les « marginaux » : artistes, gays. Des « marginaux » qui ont transformé ce barrio pour en faire le coin bobo de Valencia. Je dis volontairement « bobo » et pas « hipster » car je n’ai pas croisé dans la ville les spécimens à fixie, pantalon feu au plancher et barbe travaillée qui peuplent Paris. J’y ai plutôt observé un mélange de populations variées qui aimaient surtout y prendre le temps de vivre. Je n’ai fait qu’effleurer Ruzafa, naturellement, quatre jours c’est trop court, mais c’est son atmosphère relax qui m’a vraiment marquée. De petits bars partout, des terrasses où il fait bon lire au soleil, des boutiques gourmandes et la pointe de la restauration espagnole… Remonte la Carrer de Cadis et fais le constat toi-même : Ruzafa est définitivement le lieu où il fait bon vivre à Valence.

Une identité : le choc architectural

Ce qui frappe d’emblée à Valence, c’est la coexistence étonnamment harmonieuse entre des styles architecturaux a priori antagonistes. C’est que la ville a toujours été le creuset de multiples cultures – notamment arabe. Les architectes des ères baroque, gothique et moderniste ont fait le reste. Les petits immeubles colorés voisinent avec des constructions ultra contemporaines, la cathédrale gothique n’est qu’à un jet de pierre de la surréaliste Cité des Arts et des Sciences conçue en 1998 par deux architectes du cru : Santiago Calatrava et Félix Candela. L’immense complexe ultra futuriste (350 000 m2 tout de même) m’a d’emblée évoqué une cité humaine implantée sous bulle sur une exoplanète.

El Cabanyal : maisons de pêcheurs menacées

Juste derrière la grande plage de la Malvarrosa, après les bars un peu nazes du front de mer, subsistent une poignée de maisons de pêcheurs colorées. C’est le quartier du Cabanyal et d’après ce que j’ai compris, ces maisons sont menacées de destruction car le quartier s’urbanise à grande vitesse. Elles sont vraiment à voir. Un peu plus loin, face à la plage de la Patacona, il y a d’autres jolis exemples colorés de cette architecture simple et joyeuse de bord de mer.

Jardines del Túria : le fleuve devenu un parc

Jardines del Túria - Valencia © Leonor de Bailliencourt

Jusqu’en 1957, le fleuve Túria traversait la ville de Valence. Puis survint une immense inondation qui ravagea la ville et entraîna la mort de 80 personnes. Le cours du fleuve fut alors dévié pour éviter un nouveau drame. Que faire de cette tranchée de 9 kilomètres en plein cœur de la cité ? Une autoroute ? C’est passé pas loin. Heureusement la Municipalité décida plutôt d’opter pour les espaces verts et en 1986, un immense parc vit le jour sur le lit du fleuve asséché.

Conçus en grande partie par le célèbre architecte catalan Ricardo Bofill, les Jardins du Túria constituent la ceinture verte de Valencia (une ville par ailleurs plutôt très verte mais peu riche en squares et parcs) et c’est un bonheur de les remonter un dimanche ensoleillé.

Les marchés de Valence

A chaque quartier de Valence son marché. Son « mercat ». Et à chaque mercat son identité et son style, toujours fort et souvent époustouflant. Le plus connu, celui qui finit par abriter plus de touristes que de clients avec leurs paniers, c’est celui d’El Carme au cœur de la Ciutat Vella : le Mercado Central. Allez-y, faites fi des touristes et levez le nez : verrières et mosaïques risquent bien de vous emporter. Et puis les odeurs, le bruit, l’immensité. Il faut entrer dans le Mercado Central.

Au-delà de la star des marchés valenciens, allez aussi vous perdre dans le marché de Colón. Il est superbe et d’obédience moderniste et vous y trouverez plus de restaurants et de boutiques que d’étals maraîchers. Mais c’est un lieu où fait bon se poser.

Enfin, j’ai vu et revu et rerevu forcément le marché de Ruzafa. Il n’est pas beau, il est même assez moche – enfin sauf si on est fan du « style brutaliste » des années 50. Mais il est coloré. Il est joyeux. Et abrite une sacrée pelletée de bons produits à déguster. Et puis tout autour, de petits bars, des boutiques vintage, des placettes animées. Ruzafa, quoi <3

Des adresses, en vrac

Pour le petit-déjeuner : café Tula


Au cœur de Ruzafa, posé à l’angle de la Carrer de Cadis évoquée plus haut et de la très chouette Carrer del Literat Azorín, le Tula est l’endroit idéal où savourer un café con leche avec un pan con tomate au soleil. Je l’ai fait tous les jours, je te garantis une expérience de paix et bien-être.
Tula Café, Carrer de Cadis, 62

Pour déjeuner : La Más Bonita


Il y a trois La Más Bonita à Valence. L’un est à Ruzafa, dans la fameuse Carrer de Cadis. Les deux autres sont à la plage de Patacona (qui est dans le prolongement de la grande plage de Malvarrosa). L’un est un vrai restaurant, avec une chouette terrasse et un grand jardin, l’autre est un chiringuito, une baraque de plage avec des transats et de la musique sympatoche.
La Más Bonita c’est un endroit idéal pour se vautrer en mangeant à peu près sainement, le tout dans une atmosphère raffinée-cool et bleu ciel. Mais attention, comparé aux prix moyens de Valence, c’est assez cher.
La Más Bonita, Passeig Marítim de la Patacona, 11

Cafecito - Valencia © Leonor de BailliencourtAu cœur de la vie de quartier : Cafecito
J’ai atterri dans ce mini resto coloré à ma sortie de l’avion, un peu au hasard, à peine mes bagages jetés dans mon Airbnb. Une jolie terrasse au pied de l’église de San Valero, au cœur de Ruzafa. Des enfants qui jouent au foot, des bébés qui se dégourdissent les jambes dans l’aire de jeux juste à côté, des mamans qui papotent… et de la cuisine tex-mex. Oui, tex-mex. Il était 16h30. Je n’avais pas déjeuné, j’ai dévoré une HENAURME quesadilla au poulet avec un délicieux guacamole et un café con leche saupoudré de cannelle (comme en Scandinavie, des cœurs). C’était un avant-goût parfait de Valencia.
Cafecito, Carrer del Pare Perera, 1

Pour boire des coups : Doce

Bacalao - Doce - Valencia © Leonor de Bailliencourt

Je n’ai aucune idée de la coolitude ou non de ce lieu. Les deux colocs du Airbnb où je dormais m’ont gentiment emmenée boire des coups avec leurs potes le soir de mon arrivée (une bande de mecs, tous avocats, tous moins de 30 ans : l’adolescence ça continue tard, en fait). Comme partout à Valence : une grande terrasse, des bières pas chères, une ambiance bon enfant et des tapas délicieuses et très amies avec l’huile d’olive. Dans mon cas, ayant déjeuné à 16h30, j’ai dîné à minuit de tapas de bacalao (de la morue). De la brandade de morue en l’occurence, très aillée, saupoudrée de noix concassées, accompagnée de pain grillé et arrosée d’huile d’olive. Si je vivais en Espagne, je pèserais 10 kg de plus je pense. Ah, sinon ce lieu, Doce, c’est apparemment un « gin club » et toute ma bande de post-adolescents sympathiques s’en est donné à cœur joie avec le britannique breuvage.
Doce, Carrer de l’Almirall Cadarso, 12

Valencia : tu discutes pas, tu y vas !

Voilà, en gros. Comme toujours j’ai fait trop long malgré l’impression de n’avoir rien dit. Quatre jours, c’était court pour comprendre Valencia, mais c’était déjà un bel avant-goût. J’y retournerai sans doute. Et toi, n’hésite pas à partir à la découverte de cette bien chouette troisième ville d’Espagne. Ecoute leur langue, le Valencien (qui d’un point de vue étranger ressemble VACHEMENT au Catalan mais ne t’avise jamais de le dire à un Valenciano, malheureux/se), savoure leur plaisir de vivre et de bien manger pour (vraiment) pas cher. Et puis fais-moi plaisir : va te baigner dans les vagues de la Méditerranée.

Et un SPECIAL MERCI à François-Miguel Boudet qui m’a emmenée manger un étonnant et très bon ragoût de riz avec des « bébés » crabes avant de profiter de la Méditerranée avec moi !

riz crabe valencia