Aujourd’hui je voudrais te parler de romantisme. Ou de guimauve, plutôt. Tu sais, ce romantisme tellement romantique qu’il n’existe que dans les films. Je voudrais te dire pourquoi la guimauve c’est bien, à travers trois anecdotes. Comme ça j’espère qu’après t’auras des paillettes dans les yeux (et un peu rigolé aussi), parce que c’est à ça que ça sert, le romantisme. A mettre de la poudre de licorne sur ta vie raisonnablement raisonnable.

Alain Bachellier_guimauve
© Alain Bachellier

1. Le bus et la moto

Quand j’avais 15 ans, j’étais en seconde dans un lycée d’une jolie campagne du fin fond des Yvelines. Pour aller et venir du lycée, je prenais un bus scolaire. Le bus scolaire, c’était tout un petit monde social fait de regards en coin et de géopolitique du placement – plus t’es au fond plus t’es cool, on sait tous ça. Le bus scolaire, c’était aussi l’occasion de se faire des amis hors de sa classe, des amis plus vieux parfois.

C’est comme ça que j’ai rencontré Frédéric. Frédéric, je crois bien qu’il avait pas mal redoublé et qu’il était en section technologique (quand moi j’entamais ma 5e année de bien-aimée Section Européenne – REP A SA Najat Vallaud-Belkacem). Frédéric, il s’asseyait au fond du bus – quand il le prenait, car Frédéric avait une moto. Et des cheveux bruns bouclés. Tu le sens le potentiel de sexyness ?

Au fil des mois, des trajets en bus et des regards furtifs dans la cour du lycée, Frédéric et moi avions développé une complicité parallèle, un peu secrète. Bon. OK, j’étais raide dingue amoureuse de lui.

En vrai on avait des bus Transdev pas sexy mais tsé, on est guimauve, on est série américaine... (photo © dhendrix73)
En vrai on avait des bus Transdev pas sexy mais tsé, on est guimauve, on est série américaine… (photo © dhendrix73)

Un soir je monte dans le bus, à cette époque-là, entre lui et moi la tension était à son comble, on allait se choper, c’était imminent. Obligé. Mais pas de Frédéric. La déception m’envahit tu imagines bien. Le bus s’ébranle sur fond de NRJ, le front collé à la vitre j’ai le regard triste que seules les adolescentes savent si bien exprimer. Et là, sous mes yeux horrifiés, je vois Frédéric passer en moto, doubler le bus, partir au loin. Loin de moi. Loin de mon amour. De mon désir… Loin de… OK je m’emballe mais c’est pour te replonger dans tes émotions tout juste pubères. En gros, je suis AU BOUT DE MA VIE.

Résignée, prête à finir mon existence seule au carmel oubliée de tous, j’attends que le bus me dépose à mon arrêt. J’ai quand même un vague espoir romanesque : ET SI FREDERIC M’ATTENDAIT A MON ARRET ? Le bus arrive. S’arrête. Pas de Frédéric, évidemment. On vit pas dans Beverly Hills quoi.

brenda_hormones

Je descends. Toujours pas de Frédéric. Puis comme dans un téléfilm romantique, je te jure ça se passe au ralenti, le bus redémarre, s’éloigne et derrière lui, caché, qui vois-je assis sur sa moto qui m’attendait ? MAIS OUI, FREDERIC ! Le fantasme de toute une vie adolescente, le mec le réalise avec effet de surprise romantique et tout, la totale : des années de matière pour mes rêveries fleur bleue.

Bon, après il m’a proposé de monter sur sa moto, d’aller chez lui, j’avais des devoirs et peur pour ma vertu encore un peu farouche, j’ai dit non et dans les jours qui ont suivi il s’est tapé une nana trop belle de ma classe et j’ai raté ma chance pour de bon. Mais c’est pas grave, car il ne le sait pas, Frédéric, mais il était le premier à cocher une des cases de ma check list « plus romantique que ça, tu meurs électrocuté. »

2. Le concert

Bien des années plus tard, adulte, séparée, mère de famille toussa (MATURE QUOI), j’ai enfin coché une deuxième case de ma checklist romantico-niaiseuse.

Un concert. Ma salle parisienne préférée. Un pote sur scène. Un pote que j’ai bien connu à un moment, tu vois. Mais qui est un vrai pote maintenant. Et bim, il me dédicace une chanson. Comme ça. Avec son micro. « Celle-là c’est pour Léo, parce que c’est sa préférée ». J’ai arrêté de respirer.

C'est Mike "je l'aimerais pour toute la vie" Patton (photo de Luz Prieto)
C’est Mike – je l’aimerai pour toute la vie – Patton (photo de Luz Prieto)

Evidemment c’était amical et sans ambiguïté, mais le mec me fait le truc dont je rêvais quand je m’imaginais être la meuf de Mike Patton en 1994, quoi. Et à trente-quelque-chose ans, ben ça marche toujours. D’ailleurs je lui ai dit, qu’il était trop fort. Qu’il avait coché une de mes cases de midinette. Ça l’a fait marrer.

3. L’effet Richard Gere

Il y a une semaine, j’ai coché une autre case. La case dite de « Pretty Woman ». Sauf que c’était pas Richard Gere, c’était beaucoup plus hot et barbu.

Richard Gere Prettu Woman ladder

Je papotais donc avec le barbu en question sur Whatsapp… convaincue qu’on ne se verrait pas ce soir là, persuadée qu’il était au taf jusqu’à pas d’heure, comme souvent. On papote, on papote, de tout et de rien, comme d’hab’. Et là, bim, « Rappelle-moi ton code ? ».

Le barbu était en bas. J’étais en pyjama, je venais de lancer une série et de me faire un Nesquik (oui, je me fais des Nesquik à 37 ans). J’étais quand même en joie (je ne porte pas de pyjama-pyjama, hein, par contre, je tiens à mon capital glamour, mais tu vois l’esprit).

Revendiquons notre droit à la guimauve

Trois anecdotes pleines de guimauve pour te dire que, putain, c’est quand même bon la guimauve, quoi. Que ça te remplit de bon et de paillettes dans tes yeux. Que ça noircit les pages de ton roman Harlequin intérieur. Que les jours où ça va pas, tu te rappelles qu’on a fait ça pour toi.

cat_marshmallow

De tous petits « ça » mais des « ça » symboliques, qui touchent, qui émeuvent, qui disent « quand même tu comptes » (je ne veux pas entendre « pick up artist », je suis en mode guimauve, mersea). Des petites surprises, des douceurs inattendues. Et dans une vie d’adulte pleine de responsabilités et de frustrations, ça devrait être une revendication, le droit à la guimauve.

3 Comments

  1. Je Mike Patton pareil plein ! Quand il guimauve de sa voix, et qu’il beugle la seconde d’après. Faut de tout tu sais pour faire un monde, comme disait le générique de Arnold et Willy, de la guimauve pour supporter les cris, des shamallows pour contrer le piment d’espelette …

    « You’re perfect, yes, it’s true
    But without me you’re only you
    Your menstruating heart
    It ain’t bleedin’ enough for two
    It’s a midlife crisis… »

  2. Ha la guimauve…. j’achète. ça me ferait du bien un bain de guimauve dans ma vie. Merci pour ce moment.

Laisser un commentaire