Un samedi il y a quelques mois, un SMS laconique et pressant. Deux heures plus tard, la petite fille brune entrait dans ma vie.

La petite fille brune a traversé le monde et une foule de hasards pour arriver à moi et me toucher droit au cœur, avec son insouciance et son sourire espiègle en coin.

Un jour la petite fille brune est arrivée chez moi avec son histoire, ses mots que je ne comprenais pas, ses blagues d’enfant de 5 ans, ses gloussements, sa curiosité et son insouciance. La petite fille brune a traversé la moitié du monde avec de l’insouciance et des babillages. Elle a marché dans le froid, dormi à même le sol, elle a accompagné les espoirs désespérés de ses parents avec cette insouciance intacte, une Polly Pocket dans une main, un gâteau dans l’autre. Le sourire espiègle de la petite fille brune, radieux malgré les murs que l’on a dressés autour d’elle.

La petite fille brune est entrée brutalement dans ma vie et dans ma maison, puis elle en est repartie et plus jamais je ne verrai son sourire malicieux de petite fille brune. Tous les jours je pense à elle, je l’espère toujours insouciante dans la boue de Calais et je rêve que la petite fille brune est passée de l’autre côté de la mer, mais pas sur un canot pneumatique, cette fois. Car je suis convaincue qu’une vie belle attend la petite fille brune, à Londres.

sara_03

Elles sont magnifiques ces petites filles qui remontent nos routes, passent sous nos barbelés, franchissent nos frontières qui se ferment à elles… Leur insouciance est la plus efficace des résistances face aux chemins hasardeux qu’empruntent les adultes autour d’elles. Elles sont magnifiques, elles sont les femmes puissantes de demain.

La politique (du câlin à la petite fille brune)

J’ai longtemps longtemps hésité à publier ce texte, là, juste au-dessus. Beaucoup hésité à montrer cette bouille de poupée à dévorer de bisous (mais finalement préféré respecter son droit à l’image). Longtemps refusé de parler de ce sujet, à part dans mon cercle intime.

Partout autour de nous, il y a des gens qui aiment encore les autres gens, même s’ils viennent de loin, même s’ils ont « déserté leur pays au lieu de se battre », même s’ils ne mangent pas comme nous, ne pensent pas exactement comme nous, ne prient pas comme nous.

sara_04

Il y a autour de moi des familles qui bossent, qui traversent chaque soir le tunnel devoirs/bain/dîner/une-histoire-un-câlin-et-au-lit, des familles comme toi et moi, quoi… Ces familles ouvrent leurs portes sans poser de questions, elles se savent une brève halte dans un périple harassant, elles essaient d’offrir de l’espace, de l’intimité, du repos psychique à ceux qui passaient par là dans leur effroyable traversée du monde en famille.

Ces familles posent un acte politique fort. Un acte politique au sens noble. La résistance à l’ignoble par l’action en toute discrétion, sans flonflons, sans asso derrière, sans structure, rien que de l’huile de coude et un réseau amical. Je les admire. Je n’ai accueilli qu’une fois. Je le referai sans hésiter…

Laisser un commentaire