Parfois, t’as du mal à respirer. Ce poids sur ta poitrine ça t’oppresse, ça t’écrase et ça gonfle, ça gonfle, ça gonfle jusqu’à boucher ton nez, fermer ta bouche, masquer tes yeux. Tu ne vois plus qu’elle, tu ne vis plus qu’elle, ta peine.

C’est joli quand même, pourtant, la peine. C’est comme un petit animal que tu observes du coin de l’œil, à la dérobée, t’oses pas trop le fixer car tu sais que sinon, il te sautera dessus et te gobera tout/e cru/e ! Elle est vorace et capricieuse, la peine. Impulsive, imprévisible.

La peine s’insinue et prend ses aises

Elle s’invite comme ça, souvent d’un coup, et en plus tu ne sais pas trop quand elle daignera te foutre la paix. Quelques heures ? Des jours ? Des mois ? Et est-ce qu’elle te laissera manger, au moins, cette peste ? Car parfois, la peine s’insinue et prend tellement ses aises que ton estomac se fait tout petit, recroquevillé dans un coin de ton corps (dans les talons, même), il n’ose plus susurrer que, quand même, pour fonctionner correctement et pourquoi pas lui niquer sa race, à la peine, ça serait pas mal de le nourrir. Même juste un peu. Oh, allez, juste un peu…

La peine : ta vieille copine ridée

Avec les années qui s’empilent et les expériences de vie qui s’enchaînent, tu commences à la connaître, la peine. C’est comme une vieille copine, elle a beau prendre des rides, changer de coupe de cheveux ou de make up, sous toutes ses formes, ça reste la peine. La tienne, celle qui sait puiser dans tes faiblesses, tes grands et petits traumas, tes angoisses enfantines (et infantiles), ta peur… La peur que personne ne t’aime, toi le monstre gluant dégueulasse inintéressant (si si, parfois tu penses ça de toi, je t’ai vu/e).

Mais peut-on la prendre de haut ?

Mais parfois, elle sait encore te surprendre, cette pute. Tu crois pouvoir la maintenir à distance respectueuse ; parfois même tu oses la toiser, de haut – d’aussi haut que tu peux en tout cas – mais furtivement elle se met à longer les murs pour mieux t’alpaguer par derrière, en t’agrippant le cou, bien fort, bien serré. Et je te jure, c’est pas trop-trop érotico-SM-excitant son serrage de cou. Ça t’empêche juste de respirer, ça t’angoisse, ça te diminue.
En même temps, fallait-il la prendre de haut, ta peine ?

Laisse-la prendre ses aises

Alors quand elle attrape ton épaule et t’embrasse, te serre, serre, serre, dis-toi que ta seule option, c’est de l’accueillir humblement, ta peine. L’accepter, la laisser prendre ses aises, décorer son petit chez-elle chez toi, s’installer, ne pas lutter. Même si parfois, elle te clouera au lit, fixera tes yeux au plafond ou au contraire te plongera dans des abimes d’agitation, laisse-la faire ta peine… car elle finira par se lasser d’une proie qui ne se débat pas.

Permissions de sortie

Et puis, petit à petit, tout petit à petit, parfois elle t’accordera des permissions de sortie… Oh, pas longtemps au début ! Quelques minutes, puis quelques heures où tu l’oublieras. Parfois tu te diras, « tiens, mais où est passée ma peine ? » Ne t’inquiète pas, elle est juste là… Mais, je t’ai dit, elle se lassera. Elle se lasse toujours. Au bout d’un moment, elle se rappellera à toi très ponctuellement, comme une piqûre de rappel, « hey, n’oublie pas que tu es triste, tu es malheureux/se » mais tu oublieras et tu (te) reconstruiras et enfin, la peine se cassera… enfin, jusqu’à la prochaine fois : ne la sous-estime pas.

PS : Merci à Laurent Dupont qui, après lecture de ce billet, m’a fait découvrir ce titre délicat de Zazie, juste au-dessus (pas forcément toujours ma tasse de thé pourtant)

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