Dans la vie, il y a ceux qui mûrissent longuement le pour, le contre et le pourquoi pas d’une situation avant de prendre toute décision d’importance. Et puis il y a les autres. Les comme moi. Les chats à sept vies. Il y a presque 2 mois, j’ai sauté dans le vide. Encore. Pour la nième fois de ma courte vie (oh si, courte, allez, on dit courte, j’ai que 38 ans).

Je ne sais pas comment tu fonctionnes, toi. Mais ici, je ne marche qu’au saut de la falaise. C’est un truc très visuel, très limpide dans ma tête. Essaie d’imaginer une grande falaise, un peu comme dans le début du Grand Bleu, tu vois (apparemment il s’agit de l’île grecque d’Amorgos). Je regarde la mer, elle est d’un bleu profond magnifique. La falaise est aride mais avec de petites touffes d’herbe (oui c’est précis). Je prends une grande inspiration, je cours aussi vite que je peux et je saute ! L’objectif : avoir trouvé comment dépatouiller mon bordel avant de toucher l’eau, pour plonger avec grâce dans les flots plutôt que de m’éclater la tête sur les rochers.

La chute, comme dans un ralenti d’Olive et Tom

Sans doute parce qu’au fond je ne sais pas décider, j’ai toujours avancé sur ce mode. Je suis toujours retombée sur mes pattes, miraculeusement.

Et puis le temps de la chute dans le vide est long, en réalité, c’est comme un ralenti dans un film, tu vois. Ou comme dans Olive et Tom, quand Olivier se lançait dans une reprise de volée et qu’il avait le temps de penser à ses prochaines vacances avant de toucher le ballon !

Donc j’ai toujours fait ça

J’ai arrêté mes études comme ça, sur un coup de tête : j’avais décidé que VRAIMENT le journalisme ça m’éclatait beaucoup plus que Paris IV. J’avais 19 ans, les gars. Mais je bossais à Entrevue (eh ouais, mais JE TE JURE, on y faisait encore de l’investigation de qualitay à l’époque) et on bouclait le mag’ au champagne/croissants à 5h30 du mat’…

J’ai fait un enfant comme ça, à la roulette russe. « Hey, trop lol, on dirait que j’arrête la pilule pendant un mois, hihihi ». Ma fille va avoir 13 ans dans quelques jours.
Le processus qui a mené à la séparation d’avec le père de mes enfants tient aussi du même saut dans le vide. Mais quel saut dans le vide de belle facture ce fut !
Et là, donc, je devais manquer d’adrénaline : j’ai décidé de tenter le vide à nouveau.

L’aventure c’est mieux à plusieurs

Il y a un peu moins de 2 mois, j’ai décidé de devenir freelance. Pour de bon. Longtemps que je tournais autour du statut, que je m’y tentais mais du bout des doigts, me réfugiant fissa dans le salariat dès les premiers nuages. Depuis le 15 mai, me voilà donc à mon compte.

`Et comme j’aime les bandes et comme j’aime les gens et que j’aime les gens qui m’entourent et que ce sont tous des génies – AU MOINS -, je me suis dit que l’aventure serait plus drôle avec eux et j’ai créé un collectif, Glorious Nineties (je te laisse regarder si tu veux, le site lui-même est un exemple vivant du saut dans le vide en cours de réalisation). En résumé, on serait comme une sorte d’agence de com’ macronisée (la macronisation, c’est la post-ubérisation tavu).

« C’est courageux »

Et là, autour de moi, combien de « oh la la tu es courageuse », « bonne chance », « pfiou, j’oserais pas »… je les comprends, j’ai deux enfants et en plus j’ai plus de mec (nan parce que le barbu m’a plantée  – mais jamais quittée officiellement, coucou le barbu – pile au même moment), c’est presque un aveu d’inconscience d’avoir pris cette décision.

Je les comprends bien sûr, ces gens qui s’inquiètent et qui me trouvent « courageuse », leur intention est bienveillante. Mais ils m’angoissent, ils me font peur là où j’aurais plutôt besoin de « YEAH PUTAIN DE BELLE IDEE TU VAS TOUT DECHIRER MEUF », tu vois ?

Provoquer la crise pour avancer

Et de toute façon, ce n’est pas du courage mon mode de fonctionnement, c’est plutôt même un signe de lâcheté, en fait…

Pour ne pas réfléchir, pour ne pas m’inquiéter, pour ne pas renoncer, face à toute grande décision je provoque la situation de crise. Celle qui va me mettre au pied du mur et déclencher le meilleur en moi, qui va me faire passer en mode boule d’énergie, celle qui va activer mon cerveau sur le mode max du mixeur, tu visualises l’esprit.

Un indice chez vous : changer c’est merveilleux

Et je vais te dire un truc, si toi aussi tu es au seuil d’un changement de vie, quel qu’il soit : c’est merveilleux les virages secs, dans une vie, ça régénère, ça enrichit, ça rafraîchit.

En ce moment, je rencontre plein de gens. Plein de gens. Et que des gens intéressants. Je rencontre d’ailleurs surtout des filles, moi qui suis plutôt une meuf à mecs. Que des filles qui déchirent. Que des filles qui envoient leur stère de bois. Des filles qui (m’)inspirent. J’ai enfin le temps de nourrir mon cerveau : je vais assister à des conférences, des workshops, je fais des déjeuners, je lis… (bon et je taf aussi, faut pas déc’)

Je réalise aussi que désormais je pourrai sortir mes enfants de Paris à chaque vacances scolaires (enfin si je gagne assez de sous), que maintenant mon seul bureau est celui avec du wifi… et ça tombe bien, du wifi il y a en a aux 4 coins du monde et je te rappelle que j’aime bien prendre l’avion !

Tu sais, quand tu desserres ta ceinture…

Comment te dire ? En fait, depuis le 15 mai c’est comme si j’avais desserré la ceinture de mon pantalon après un repas de Noël : j’ai de l’espace mental, mon champ des possibles est devenu plus confortable, plus maniable (niveau ceinture de la vraie vie, par contre c’est l’inverse, j’ai encore maigri).

Plus riche, plus chouette

Je ne sais pas ce qu’il adviendra de ce nouveau virage que j’ai provoqué. Je vais peut-être m’écraser comme une merde, pour la première fois de ma vie de grosse chanceuse. Je suis peut-être au bout de mes vies de chat, qui sait. Mais je sens intimement aussi que je vis fort, je vis beau, je vis passionnant, en ce moment…

Et si je m’écrase, s’il reste des bouts de moi, je suis convaincue qu’au moins ils seront encore plus riches et chouettes. Alors toi aussi lance-toi. Fais un enfant. Epouse-le. Quitte-le. Change de pays. Voyage. Lâche ton taf. Dis-lui que tu l’aimes. Après tu seras fier/e de toi. Je suis fière de moi :)

PS : ce titre des Yeah Yeah Yeahs juste au-dessus est mon obsession du moment, ce petit côté warrior girly me parle… autant dans ma conquête du monde (ouais avec Glorious Nineties on va conquérir le monde, pas moins) que dans mon envie de décapiter le barbu planqué dans son silence. « Off, off, with your head / Dance, dance, til you’re dead! », existe-t-il meilleur mantra ?

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