On vit dans un monde d’injonctions, ce n’est pas moi qui vais te l’apprendre. Au-delà des typiques injonctions à habiter un corps en pleine santé, plus beau, à développer une parentalité plus bienveillante, etc., se développe fortement une injonction à un esprit plus sain. Plus mature. Plus philosophe. Et pour y parvenir, la mère de toutes les injonctions : « tu dois apprendre à être seul/e ».

Apparemment, la clé magique du bonheur, c’est d’être super heureux/se seul/e avec soi-même.

Mais bordel, si l’humain est animal social, ce n’est pas pour rien. Il doit même sa survie à son grégarisme aujourd’hui paré de toutes les tares. T’as remarqué ? Les gens les plus intelligents sont des solitaires, on nous dit. Avoir besoin des autres, c’est une façon de se fuir, c’est un défaut de construction primal, c’est manquer d’une assise psychologique, refuser de faire face à ses démons intérieurs, de grandir, de devenir une meilleure personne. Avoir peur de la solitude, c’est forcément se fourrer dans des histoires sentimentales délétères, tomber dans les griffes de prédateurs émotionnels. Tu ne kiffes pas ta solitude ? T’es un/e faible !

Savoir être seul/e : une débauche d’énergie

Depuis plus de 3 ans que je me suis séparée du père de mes enfants, je peux te dire que je l’ai expérimenté le tête à tête avec soi-même. Et faire des ces longs temps de solitude des moments d’épanouissement, de retrouvailles avec moi-même ou autres occasions de maturer affectivement ou de m’enrichir intellectuellement : je peux te dire que ça me demande une sacrée dose d’énergie. Ah ça oui, la solitude, ça te révèle des ressources insoupçonnées !

Ça te rend créatif/ve, tu crées, tu FAIS des trucs. Ça te rend ingénieux, tu connais toutes les expos, tous les films, tous les billets d’avion cool. Ça te rend même un peu aventurier/e : à toi les joies du voyage en solo (et OUI c’est bien et bon et génial, de voyager seul/e, ce n’est pas une légende).

Etre (tout le temps) à l’initiative

Mais bordel, c’est quand même difficile. Tu dois être à l’initiative de tout : ton entourage, maqué et/ou avec enfants, se préoccupe assez peu de savoir de ce que tu fais de ton weekend, de tes vacances ou de tes soirées quand tu n’as pas tes kids (j’ai la chance d’avoir des enfants dont j’ai la garde une semaine sur deux). Si tu ne sollicites pas les gens, tu restes seul/e. Encore une fois, il est question d’énergie à déployer.

De l’énergie à produire aussi si tu veux un peu partager. Partager des coups de cœur, des coups de gueule, le récit de tes journées ou des expériences que tu as envie de vivre.

On moque souvent les vieilles personnes qui prennent 4h au supermarché pour acheter 1 rouleau de PQ et taper la discute avec la caissière. Mais cette causette sera peut-être leur seule interaction humaine de la journée. Merde alors, arrivés au seuil de leur vie, ils n’auraient pas réussi à atteindre la sagesse suffisante pour KIFFER être seuls avec eux-mêmes ?! Qu’ils sont décevants ces vieux !

« Aime ta solitude, c’est comme ça que tu trouveras le bonheur ! »

Bah ouais mais, en vrai, je suis terrorisée par ma solitude. Je la hais. Parfois elle me pétrifie. Les idées de « trucs à faire » se bousculent et parfois je baisse les bras. Fuck it, à quoi ça sert de traverser Paris pour voir cette expo, à quoi bon faire cette promenade ou ce voyage ?! Pour m’enrichir intérieurement ? Pour me retrouver face à moi-même et faire la paix, m’aimer ?

Est-ce être faible et mal construite de préférer à mes moments de solitude les quelques temps de vie de couple, bête et quotidienne, sans doute imparfaite, qu’il m’arrive (heureusement) de partager sporadiquement ?

Je vais te dire, j’en ai marre des injonctions à devenir une meilleure personne

La vie c’est très court. On naît et, trop vite, on meurt et c’est fini (c’est une évidence mais pour avoir récemment souffert de cette évidence, c’est pas mal de le rappeler). Alors entre les deux, essayons de kiffer autant que possible. Et je crois que je finis par m’en taper de mourir pas sage, pas philosophe, immature affectivement, dépendante aux autres, en pleine fuite en avant, amoureuse de l’amour et toutes ces conneries que les psychologues réprouvent !

Alors ami/es haineux de la solitude, fraternité d’êtres immatures, mal construits, sentimentalo-dépendants, marathoniens du « je suis seul/e mais je panique pas, JE PANIQUE PAS !! Bordel je panique… », venez, on fait un gros doigt au prochain qui nous dit « Non mais le préalable c’est d’abord que tu apprennes à être seul/e ». Fuck them!

One Comment

  1. Il n’y a rien de plus agréable et normal que d’apprécier être en bonne compagnie. à partir du moment où ce n’est pas une fuite en avant ! Oublions les « il faut – tu dois » et faisons ce qu’on aime. Merde.

Laisser un commentaire