En mai 2016, je prenais mon courage à deux mains et je tentais le grand saut, j’en t’en ai déjà parlé il y a quelques mois. Dans une poignée de jours, ça fera un an que je suis freelance, l’occasion de tenter l’ébauche d’un premier bilan, sans faux-semblants.

C’est un billet de Sylvain Paley qui m’a inspirée. Il opérait un premier bilan d’étape après 6 mois de freelancing et je crois que je ne retrancherais rien de son texte. Bon, du coup tu vas le lire et on arrête là ? :) Nooope, car tu me connais gentil lecteur, j’ai forcément toujours des trucs à raconter !

Je te rappelle le contexte : j’ai 39 ans, deux enfants à mi-temps, pas de mec à la maison, pas d’argent de côté (coucou say Cosette) mais plein plein de mois d’indemnités chômage (thank god). Alors quand je me suis lancée, certains autour de moi ont flippé (je crois qu’ils flippent toujours). Moi pas du tout, parce que dans la vie, une fois qu’on a décidé de sauter ce n’est plus trop le moment d’avoir peur, hein ?

Alors être freelance, c’est bien ?

Oui, franchement c’est bien. Etre freelance, ça me permet d’aller chercher mon fils à l’école tous les jours quand c’est « ma semaine », ça me permet de prendre mon laptop et de me casser à Venise parce que pourquoi pas ? Après tout, office is where the wifi is. Ça me permet de décider chaque jour de quel endroit j’ai envie de travailler (de chez moi ? chez un/e pote ? d’un café cowork ? dans un parc ? à Venise, Bordeaux, Lyon, à l’île de Ré, à Naples ?) et de faire rager mes amis salariés avec mes #officeoftheday et mes #viedefree sur Instagram.

Office is where the wifi is, right? Well… wifi is in Venice for the next few days 😊

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Ça me donne l’occasion de voir beaucoup mes potes (mes potes, les gens que j’ai choisi, pas des collègues qu’on m’a imposé), parce qu’autour de moi, les free naissent en rafale et qu’on aime bien se retrouver pour bosser côte à côte et jouer aux collègues, comme dans l’ancien temps, tu sais ce temps où on devait faire acte de présence au bureau.

Pour l’amour du biorythme

Mais pour moi, le plus grand bénéfice de ma nouvelle vie de freelance, c’est de pouvoir enfin respecter mon biorythme. Oui oui, mon biorythme.

Je travaille très vite, depuis toujours. A l’école, je finissais déjà avant tout le monde et je m’emmerdais pas mal en conséquence (sauf avec Pierre Meneut en CM2 <3, le meilleur instit’ du monde qui te laissait aller jouer au ping pong ou au tarot quand tu avais fini ton taf).

Mais dans la vraie vie du travail, y’en a pas beaucoup des Pierre Meneut. Et on passe un temps fou à traînasser au bureau. Et moi, mon biorythme il n’est pas super vachement totalement en phase avec les horaires de bureau. Je suis du matin, vois-tu. Je me réveille tôt, pas mal tôt (vers 7h), je lance mon café à l’aveugle et après je cravache jusqu’à 11h-11h30. Et ensuite… je ne sers plus à rien !

Evidemment je caricature un peu, mais sincèrement si je dois être créative, trouver des concepts, écrire des recommandations, c’est sur ce créneau matinal que j’abats le meilleur boulot. L’après-midi, je suis plus vaseuse, moins précise intellectuellement. Et le soir, mon cerveau s’active à nouveau. Vachement pratique quand on est supposé bosser de 10h à 19h, non ?

Alors depuis que je suis free, dès que c’est possible, ma journée-type se déroule ainsi : je bosse de 7h à 11h30, puis je me lave parce que faut pas déc’, puis je déjeune avec un/e pote et l’aprem… est ouverte ! Soit je vais au cinéma avec les vieux (je sors de Gold, là, très bien, je te recommande), soit j’ai des rendez-vous (ça va, les rendez-vous, je gère sur tous les créneaux horaires), soit je me fais une expo, soit des courses, une balade, quelques longueurs de piscine… bref, ce qui me chante ! Parfois même je zone au cowork, juste pour le plaisir de rester avec une pote (qui travaille pour de vrai, elle). Et souvent le soir je me remets au boulot, entre 21h et minuit je suis à nouveau créative. Bon et il m’arrive quand même aussi de produire l’après-midi, évidemment, j’ai des clients et des dates de rendu :) (et merci à eux, mes clients <3)

Tu trouves que ça fait un peu tire-au-flanc, ma journée-type ?

Et pourtant, j’abats incroyablement plus de travail que quand j’étais salariée. Vraiment beaucoup plus. Beaucoup. Et j’ai du temps pour moi. Pour me nourrir affectivement, intellectuellement, créativement. Et tu vois, ça, ça me rend meilleure dans ce que je fais.

Those cosy cafés where you like to hang out (hem, work) for hours 💕

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Et puis surtout, plus de bitching à la machine à café, plus de déjeuners déprimants passés à geindre sur la sale ambiance de la boîte ou sur unetelle qui est vraiment trop méchante. Plus de « rhaaa putain il est 14h, je dois retourner à l’agence » alors que tu es en pleine conversation métaphysico-passionnante.

Evidemment que j’ai des contraintes, des rendez-vous clients et des réunions qui me sont imposés et que j’honore sans rechigner. Mais j’ai la main. Je maîtrise. Je m’écoute. Et, tu sais quoi, c’est con mais c’est bon d’essayer de répondre à ce que ta tête et ton corps te demandent.

Etre freelance, c’est génial aussi quand tu aimes multiplier les sujets.
Depuis que je me suis lancée, je fais du planning stratégique, du content marketing (ce qui est mon cœur de métier), je fais de la formation… et puis surtout, je passe d’un sujet à l’autre. A chaque fois c’est tout un univers à découvrir et c’est toujours ce que j’ai aimé le plus, me plonger dans un nouveau sujet.

Je démultiplie les sujets… mais également les interlocuteurs et les environnements de travail. Je démultiplie les méthodos, même. Ça m’assouplit le cerveau et ça m’apprend tellement, tellement ! Incroyablement précieux, cette diversité du nourrissement (je dis nourrissement si je veux, je suis sûre que ça existe).

Bon, mais être freelance, c’est dur aussi

Je n’ai pas bossé pendant deux mois.
Deux mois entier de rien. Rien de rien de rien. Janvier et février : mois blancs.

Alors bon, janvier ça compte pas, j’avais perdu mon père, je pense que j’étais globalement roulée en boule sous ma couette à binger Netflix. Mais quand même deux mois sans deviser, sans facturer, sans aucun rendez-vous pro, sans la moindre mission de rien du tout, je te jure que c’est la grosse grosse flippe. Les journées sont longues, bien bien longues quand tu n’as rien à faire. Ça requiert pas mal de créativité pour ne pas déprimer. A part un séjour perso à Lyon, je n’ai rien fait pendant deux mois.

La lumière de #lyon (bis) 😍

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Je savais bien que je le mangerai, mon pain noir, un jour ou l’autre… j’avais tellement goinfré de pain blanc : dès que je me suis lancée, on m’attendait, on m’a bichonnée et le boulot et les euros tombaient tous seuls, je n’ai pas eu à prospecter, à me bouger. Alors quand mes fournisseurs de boulot ont cessé de m’appeler, je l’ai payé assez cher.

Alors si tu veux te lancer, ne fais pas comme moi : prospecte, rencontre, secoue tes épaules pour élargir ton cercle relationnel autant que tu le peux. Et surtout entretiens-le, ton cercle relationnel : quand tu es free, si tu lâches la barre, on t’oublie ! Dis-oui à toute opportunité de rencontrer de nouvelles personnes. Au-delà du chouette aspect humain qu’il y a à rencontrer des gens, c’est surtout que ça t’évitera ta dose de pain noir bien rassis.

Glorious workers in #Albania… No (real) holidays for freelancers!

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Etre freelance c’est aussi difficile financièrement.
Tu peux gagner bien ta vie – j’ai franchement fait un joli premier exercice – mais comme tu ne sais jamais de quoi demain sera fait (coucou mes deux mois sans taf), tu ne peux vraiment rien prévoir. Tu vois, là par exemple, j’ai acheté les billets d’avion pour les vacances avec mes enfants, cet été. Mais c’est tout. Où nous mènera ce road trip et précisément dans quelles conditions, je le dimensionnerai un peu au dernier moment, en fonction de ce que j’aurai facturé… et engrangé.

Car n’oublie pas la loi d’airain du règlement à 60 jours fin de mois. Cette règle, quand tu factures tous les mois, ce qui a été mon cas de juin à décembre, tu t’en fous un peu. Mais quand tu as un trou de deux mois… et que finalement tu recommences à bosser en mars mais ne peux facturer qu’en avril, tu sais que ton compte pro va rester bien immobile jusqu’en juin. Yolo. Enfin immobile… l’argent part, du compte pro, hein. Forcément l’argent part.

Etre free, c’est aussi devenir une sorte de demi-citoyen : emprunter, louer un appartement… tout ça, je ne dirai pas que ça te devient impossible mais disons que c’est… compliqué. Bien bien compliqué, surtout en début d’activité. Tu n’inspires pas la plus grande des confiances.

Le freelancing, un point de non-retour ?

C’est parfois la question que je me pose : peut-on revenir du freelancing ? Peut-on réintégrer les contraintes, les usages, les murs moelleux d’une vie de salarié ? Peut-on accepter à nouveau de « poser une journée », de négocier ses dates de vacances, de faire du présentéisme, de la politique interne, d’aller faire les courses le samedi avec la foule et de partir en weekend… eh bien, le weekend ?!

Pour un job de rêve, je me dis que c’est sans doute possible. Et puis je ne sais pas comment les recruteurs perçoivent les gens qui ont été indépendants. Je ne sais pas, sincèrement, si on peut revenir du freelancing et je ne sais toujours pas non plus s’il est raisonnable d’être freelance à 39 ans célibataire avec deux enfants, quand on commence à être déjà un peu trop senior et moins employable, un peu trop chère…

Mais je ne regrette rien.

De rien. Absolument rien. En seulement une petite année, j’ai élargi ma palette de compétences de façon dingue, j’ai savouré mes potes comme jamais et rencontré des gens fantastiques qui m’ont fait confiance, j’ai eu des foules d’idées et j’ai 27 projets que je voudrais monter… et tu sais, comme je suis freelance, je peux imaginer les monter pour de vrai, car je gère mon temps.

C’est comme si dans mon crâne, un peu de place supplémentaire avait été faite à mon cerveau, il est plus à son aise et la créativité circule vraiment mieux ! Alors pour la suite on verra bien :)

7 Comments

  1. Oui oui on en recient du freelancing.
    Pour moi c’etait toutes ses histoires de paiement qui m’angoissaient… maintenant je suis entièrement raccord sur les questions de biorythme et que c’est bien relou d’etre dans une boite pour faire du presenteisme…
    C’est marrant quand tu repars dans du classique, la question qui revient souvent c’est : ça vous manque pas trop ?
    Comme si on allait lacher la boite pour refaire de l’indeoendant avant meme d’y etre entré…
    Bisous

  2. Génial ton article. Je suis free depuis à peine 1 mois pour ma part mais comme j’ai déjà des clients, je ressens clairement les bénéfices de ce nouveau statut. Gérer son temps, arrêter la politique et le présentéisme au bureau, voyager sans attendre une validation de congés… c’est exactement ce qui me convient. Je vois aussi les limites du systeme mais les avantages sont plus nombreux à mes yeux. Quand on aime sa liberté et qu’on aspire pas à « une vie comme tout le monde » c’est parfait. Je ferai aussi le petit bilan quand l’heure viendra !

  3. ca y est : c’est mon tour dans 3 semaines. A 39 ans je suis également moins employable et tout comme toi les obligations en entreprise me pèsent de plus en plus. Alors il y a toujours le doute « et si je me plante », « comment payer les factures et les vacances », « de toute façon je n’ai pas besoin de déménager pendant les 20 prochaines années, hein ? ». Mais quitte à tomber au moins j’aurais essayé. Et on sera peut-être collègues de café

  4. @Poupimali Mais leur question est légitime : ça ne te manque pas trop, en vrai ? :)

  5. @Leslie C’est vraiment ça : comme toi j’aime, je chéris même, ma liberté et fondamentalement j’aspire à une vie qui me fasse kiffer et donc ne ressemble qu’à moi ! C’est risky mais au moins on vit fort :)

  6. @Ingrid C’est tellement ça : « quitte à tomber au moins j’aurai essayé » ! J’avais écrit un truc un peu similaire dans le billet où je raconte le pourquoi de ce changement de vie « Le Grand saut« . Et surtout : congrats, bienvenue et à bientôt dans un café, donc :)

  7. A la question, est-ce qu’on en revient… Je dis oui, et non. J’ai d’abord été freelance 7 ans. J’avais arrêté après la naissance de mon fils, pour cause de vie sociale zéro, et de projets qui tournaient un peu en rond parce que je n’avais rien mis en place d’autre que le bouche-à-oreille pour me faire connaître.
    Ensuite, j’ai été salariée associée pendant 5 ans. C’était ma boîte et le projet me tenait à coeur, et d’avoir des revenus fixes et réguliers était très rassurant. Mais oh que j’étais frustrée ! De n’avoir que 6 semaines de vacances par an, de devoir jongler pour poser mes rendez-vous perso, de terminer tous les jours à la même heure (tard), des prises de tête avec les collègues au bureau.
    Aujourd’hui, je suis re-freelance, et je redécouvre avec joie la liberté que ce statut m’offre. Mon mantra, pour ne pas retomber dans les écueils de la première fois, c’est « Ne te repose jamais sur tes laurieurs, va au-devant des autres, saisis toutes les occasions pour élargir ton réseau. »
    Je ne sais pas combien de temps je resterai freelance cette fois-ci. Mais en fait peu importe, la vie est ainsi faite… D’aller-retours entre liberté et confort.

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