Je me suis maquée jeune avec le père de mes enfants, j’avais 22 ans. J’ai eu mon premier enfant jeune également, à 25 ans. Et 10 ans plus tard, je me séparais à l’âge où pour beaucoup démarre la vie de famille : 35 ans.

Pendant de très longues années, j’étais l’archétype de la nana en couple. Quand parfois des types s’intéressaient à moi, on leur disait « Non mais laisse tomber, Léo elle est ARCHI MAQUEE ». J’étais cette fille, lancée sur l’autoroute de la vie à deux, très maman, très cheffe de famille, très sûre de mon fait, très rassurée par cette bulle qui me protégeait.

Et puis le crash de cette vie parfaite.

Mais au fond tout irait bien, je me suis dit. J’étais pleine de certitudes : j’étais encore jeune, sympa, j’allais forcément rebondir super vite, me reconstruire, reconstruire tout court. Refabriquer de l’amour à deux, peut-être même faire un troisième enfant, bâtir une famille recomposée de magazine. Oui, j’étais con et naïve.

Mais 3 ans et demi après, je dois bien constater que j’ai changé d’identité sociale. Je ne suis plus « Léo, la fille archi maquée », je suis « Léo, la célibataire (qui galère) ». C’est comme si désormais aux yeux de tous, cela me définissait, voire prenait le pas sur tout le reste.

Je suis la fille que l’on place, sans penser à mal, dans les dortoirs aux fêtes et mariages, avec les autres célibataires – parce que le droit à la baise des couples prévaut sans doute sur mon aspiration à l’intimité nocturne (câlins mes amies concernées, je ne vous en veux pas du tout, c’est archi normal).

Je suis la fille qui enchaîne les histoires foireuses qui consternent les potes.

Et qui y retourne, même, malgré leurs suppliques. Je suis la fille qui l’a peut-être un peu cherché, hein, du coup. La fille qui se dit que finalement son histoire de 13 ans était sans doute une parenthèse miraculeuse et que son destin, désormais, se conjugue à l’éternel singulier. Parce qu’elle n’est pas maquable, voire totalement insupportable pour un être humain normalement constitué.

Ces derniers mois, je me suis crue sauvée.

Oui sauvée, j’assume l’affreuse pensée normative que j’exprime ici. Sauvée car extraite de la misère sentimentale dans laquelle je croupis depuis 3 ans et demi. De retour sur des rails si rassurants… Ils seraient un peu bumpy, nos rails, mais je les posais à deux, enfin. A nouveau. Je me croyais extraite de l’anormalité de ceux qui vivent seuls et ne bâtissent pas. J’ai parlé grand appartement partagé et famille recomposée, j’avais dans mon téléphone des photos du chat « qui serait si heureux avec les enfants, dans un grand appartement », j’ai caressé l’idée d’un « bébé avant nos 40 ans ». A nouveau je me projetais.

J’étais surtout en plein fantasme bourgeois. 

Mais en bonne célibataire qui n’aime pas l’être, je m’étais évidemment fourvoyée. C’est ça, aussi, d’aimer les garçons mauvais. Retour à la case célib. Et grosse fatigue. Ce deuil, s’ajoutant à celui de mon père, était le deuil de trop sans doute.

Jamais je n’aurais pensé devenir cette caricature de célibataire.

Cette quasi quadra trop sensible, trop affamée d’amour, de tendresse, qui tombe dans tous les pièges. Cette fille que je calculais à 10 km dans ma vie d’avant, tellement soulagée de ne pas être elle, cette fille un peu pathétique. Cette galérienne incapable de réaliser qu’elle est la seule cause de ses échecs amoureux.

Je suis aussi devenue cette battante qui part seule en roadtrip avec ses enfants en Europe de l’Est, qui transporte des meubles et des frigos, qui affronte seule les trucs terrifiants de la vie et ne se repose pas assez sur ses amis.

Mais la vie amoureuse, là j’ai comme renoncé.

Machinalement, j’ai réactivé mon profil sur les apps de dating, mais je n’ai pas envie. Tout ça me semble laid, vain, vulgaire. Ces hommes m’indiffèrent, la finalité de nos échanges tellement téléphonée d’avance, médiocre au mieux, douloureuse au pire.

« Tu vas comment ? » me demande à intervalles réguliers un garçon fantastique, brièvement croisé, resté mon Jiminy Cricket. Lui sait. Mes excès, ma fragilité, ma volubilité. « J’ai renoncé, je lui ai dit. Je me concentre sur ce que j’ai : mes amis qui sont si merveilleux, mes enfants qui sont ma priorité absolue, et ma vie pro, qui est un combat de tous les instants. »

Vacance

Il est temps de m’offrir le temps du deuil. Deuil, immense, de mon père. Deuil de cet enfant que je n’aurai pas. Il est temps de laisser un peu reposer mon cœur d’artichaut, le protéger des vilains et des soubresauts. De lui accorder du temps, de la paix, d’accepter cette vie morne mais calme, au moins. Calme.

PS : j’ai des ami/es qui aiment le célibat, cette liberté du non-attachement, ils ont bien raison car c’est ce qui les équilibre. Je ne suis malheureusement pas de cette eau-là.

6 Comments

  1. Salut Léo ! (Aïda, Mathieu Maire du Poset en ami commun)

    T’as le droit d’être triste, t’as le droit d’être fatiguée de croire, de vouloir croire, t’as le droit de tout d’ailleurs.

    Là derrière mon écran, depuis que je te suis (un peu par hasard et ça me va), je vois une nana courageuse;
    Je vois une nana qui transforme sa vie et qui la transforme avec beaucoup d’intelligence;
    Je vois une nana forte qui a peut être besoin de changer ses perspectives, son regard sur elle ou ses référentiels.
    Je vois une nana qui se juge durement et ça me peine.
    Je vois une nana à qui j’ai envie de demander « est-ce que dans un an ça comptera encore ? »

    Une pensée pour toi.

    Aïda
    PS: une nana qui en a 41 et qui ne voit pas pourquoi tant que son corps lui donne la possibilité de procréer, elle devrait s’empêcher de le faire.

  2. Merci Aïda ! Ton commentaire me touche à plusieurs égards. D’abord parce qu’il est bienveillant. Ensuite parce qu’il me rappelle que je chouine un peu sur un sort qui reste super enviable :)

  3. J’aurais dû écrire que t’avais aussi le droit de chouiner ;)

    Merci à toi de partager tes aléas, tes déceptions, tes émotions etc.

    En tant que lectrice ça aide beaucoup aussi!

    A bientôt

  4. Bonjour Leonor comme je te comprends. Je suis moi même actuellement dans l’histoire de 12 ans et deux enfants, a m’interroger sur ce que je souhaite vraiment pour ma vie… un énorme coup de cœur pour un autre, une presque rupture avec le papa, puis le retour à la case départ de peur que tout s’écroule mais dans l’insatisfaction, le manque de vibration, l’envie d’avoir envie… que c’est difficile… comment as tu pris ta décision ? La regrettes tu aujourd’hui ta parenthèse miraculeuse ? Tu peux au moins être fière d’avoir agi et ne pas être restée à vivoter… et d’être une femme forte …

  5. Il y a un moment où on lâche toute​ idée de couple stable, où on abandonne ce qui est devenu une chimère.
    Et c’est là que tout commence…

  6. Bravo.
    Il en est de même pour moi, mais malheureusement les enfants encore en moins.
    Bon courage

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